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DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES,

DANS LEQUEL

On traite méthodiquemekt des diffiîrens êtres de la natdre,

CONSIDÉRÉS soit EN EUX-MEMES, d'aPrÊS l'ÉTAT ACTOEL DE

NOS COKNOISSANCES, SOIT RELATIVEMENT A l'uTILITÉ Qb'eW

PEUVENT RETIRER LA MÉDECINE, l'aGRICULTURK , LE COMMERCE ET LES ARTS.

SUIVI D'UNE BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES NATURx'^LISTES.

PAR

Plusieurs Professeurs du Jardin du Roi et des principales Écoles de Paris.

TOME PREMIER.

A - ALZ.

STRASBOURG, F. G, Levkaulx, Editeur

PARIS, Le Normawt, rue de Seine, N.° 8,

1816.

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DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES.

TOME I.

A = ALZ.

Les cincj premiers volumes de cet ouurage furent publiés dans limer mile de 1804 à 1806. On en fait la remarque ici, pour ne pas être soupçonné de donner comme noui^eau un ouvrage qui ne lest pas.

C'est par des supplémens que ces cinq premiers 'volumes ont été ramenés au niweau des connoissances actuelles, et ces supplémens se troui^ent placés à la fin de chacun des 'volumes auxquels ils se rapportent.

Le nombre d'exemplaires prescrit par la loi a été dé- posé. Tous les exemplaires sont re^^étus de la signature de Péditeur.

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DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES,

DANS LEQUEL

On traite méthodiquement des différens êtres de la nature,

CONSIDÉRÉS SOIT EN EUX-MÊMES, d'aPRÈS l'ÉTAT ACTUEL DK KOS CONNOISSANCES, SOIT RELATIVEMENT A l'utILITÉ QU'EN TEUVENT RETIRER LA MÉDECINE, l'aGRICULTURE , LE COMMERCE ET LES ARTS.

SUIVI D'UNE BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES NATURALISTES.

Ouvrage destine aux médecins, aux agriculteurs, aux commeroans, aux artistes, aux manufacturiers, et à tous ceux qui ont intérêt à connoîtrelesproductions de la nature, leurs caractères génériques et spécifiques, leur lieu natal, leurs propriétés et leurs usages.

PAR

Plusieurs Professeurs du Jardin du Roi, et des principales Ecoles de Paris.

TOME PREMIER.

STRASBOURG, F. G. Levrault, Éditeur.

PARIS, Lh NoiiMANT, nie de Seine, N.'' 8.

1816.

Liste des Auteurs par ordre de Matières. '

Phjsi^ue générale.

M. LACROIX, membre de l'Acadëmie des Sciences et professeur au Collège de France. ( L. )

Chimie.

•M. FOXJRCROY, membre de rAcadém des Sciences , professeur au Jardia du Roi. (F.)

M. CHEVREUL, professeur au Coll<!ge ro^al de Charlemagne. (CH, )

Minéralogie et Géologie.

M. BRONGNIART, membre de lAcadëmie des Sciences, professeur à la Faculté des Sciences. ( B. )

M. DEFRANCE, membre de plusieurs So- «iéték savantes. ( D. F.)

Botanique. M. DE JUSSIEU, membre de l'Acadëmie

des Sci<

prof, au Jardin du Roi. (J.)

M. MIRI5EL, membre de IWcaJémie de Sciences , professeur à la Faculté de Sciences. (15. M.)

M. AUBERT DU PETIT-THOUARS. (AP.)

•M. BE.\UVOIS. (PB).

M. HENRI CASSINI, membre de la Société pbilomatique de Paris. (H. CASS. )

*M. DESPORTF^. (D. P.)

*M. DUCHES.VE. (D. de V.)

*M. JAUMES. (J. S. H.)

M. LEMAN, membre de la Société philo- malique de Paris. (LEM. J

M. LOISELEUR DESLONGCHAMPS . Doc- teur en médecine . menabre de plusieurs Sociétés savantes. ( L. D. )

M. MASSEY. ( MASS. )

•M. PETIT-R.^DEL. (P. R.)

M. POIRET, membre de plusieurs Sociétés savantes et littéraires, continuateur de l'Encyclopédie botani.iue. (P.)

M. DE TUSSAC, membre de plusieurs So- ciétés savantes, auteur de la Flore des An- tilles. (DE T.)

Zoologie générale, Anatomie et Physiologie. M. G. CUVIER , membre et secrétaire per- pétuel de l'Académie des .Sciences, prof.au Jardia du Roi , etc. ( G. C. ou G. V. ou G.)

Mammifères. M. GEOFFROY, membre de l'Académie

des Sciences , professeur au Jardin du

Roi. (G.) •M. GERARDIN. (S. G.)

Oiseaux. M, DUMONT, membre de plusieurs Sociétés savantes. ( CH. D. )

Reptiles et Poissons. M. DELACÉPÉDE, membre de l'Académie

des Sciences , professeur au Jardin du

Roi. (L. L.) .M. DUMERIL, membre de PAcadëmie de»

Sciences, professeur à l'Ecole de méde-

cine. (CD.) •M. DAUDIN. (F. M. D.) M. CLOQUET, Docteur en médecine ( H. C.)

Insectes.

M. DUMERIL , membre de l'Académie des Sciences , prof. » l'Écule de médecine. (C. D.)

Mollusques, Vers et Zoophyles. M. DE LA MARCK, membre de l'Aca- démie des Sciences, professeur au Jardia du Roi. (L. M.)

•M. G. L. DUVERNOY, médecin. (DU V.)

M. DE BLAINVILLE. ( De B )

Agriculture et Économie.

'M. TESSIER, membre de l'Académie des Sciences , de la Société de l'École de mé- decine et de celle d'agriculture (T.)

•M. COQUEBEKT DE MOMBRET. (C. M.)

M. TLTIPIN, naturaline, est chargé de re\écution des dessins et de la direction de la gravure.

MM. DE HUMBOLDT et RAMOND donneront (juel.iues articles sur les objet* oouveaux qu'ils out observés dans leurs voyages , ou sur les sujets dont ils se son plus particulièrement occupés.

M. F. CUVIER est cliargé de la Direction géoéiale de PouvTage , et il coopérera aui articles gtinéranx de zoologie et ii l'histoire des mammifères. iF. C, )

PROSPECTUS.

JL' HISTOIRE NATURELLE cst parveiRie de nos jours à un degré de gloire dont il étoit difficile de se former une idée. Elle a été l'objet du goût dominant. Les hommes puissans ont cherché à se distraire, par son étude, des en- nuis inséparables de la grandeur ; les malheureux , à oublier par elle les injustices de la fortune ; le beau sexe même , et les hommes assez heureux pour jouir d'un sort indépendant, assez sages pour ne point sacrifier leur liberté aux appâts de l'ambition ou de la vaine gloire , en ont fait le charme de leurs loisirs. Enfin , et c'est sans doute son plus beau triomphe, ces génies supérieurs pour lesquels la méditation est un be- soin, lassés de l'inutilité des spéculations abstraites, sont redescendus des hauteurs d'une philosophie trop générale, pour chercher les véritables lois de la nature dans la con- templation de ses ouvrages , et ont préféré Tétude du monde réel à la création d'un monde imaginaire; c'est, en un mot, dans l'histoire naturelle qu'ils ont puisé les preuves de leur doctrine ou les sujets de leurs expériences.

Tel devoit être le résultat de l'heureuse révolution que Bacon avoit commencée dans les sciences. Toutes nos con- noissances, disoit-il à ses contemporains, ne sont que les faits généralisés. Ce n'est donc qu'en remontant à la source de ces connoissances , c'est-à-dire, à l'étude des faits parti- cuhers , que vous vous débarrasserez des erreurs qui vous aveuglent, et des préjugés qui vous touraientent. Cependant l'histoire naturelle ne seroit peut-être pas arrivée sitôt à la brillante destinée que ces sages préceptes lui préparoient, si deux des plus grands hommes qui aient illustré le dernier

siècle n'avoient concouru , malgré ropposition de leurs vues et de leur caractère , ou plutôt à cause de cette opposition même, à lui domaer des accroissemens aussi sxxinis qu'é- tendus.

Linnœus et Buffon semblent en eftet avoir possédé , cha- cun dans son genre , des qualités telles qu'il étoit impossible que le même homme les réuuît, et dont l'ensemble étoit cependant nécessaire pour donner à l'étude de la nature une impulsion aussi rapide.

Tous deux passionnés pour leur science et pour la gloire; tous deux infatigables dans le travail ; tous deux d'une sen- sibihté vive, d'une imagination forte, d'un esprit transcen- dant, ils arrivèrent tous deux dans la carrière annés des ressources d'une érudition profonde : mais chacun s'y traça une route différente , suivant la direction parlicuîière de son g€nie. Linnœus saisissoit avec finesse les traits distinctifs des êtres : Buffon en embrassoit d'un coup d'œil les rapports les plus éloignés. Linn^eus, exact et précis, se créoit une langue à part pour rendre ses idées dans toute leur rigueur : Buffon , abondant et fécond , usoit de toutes les ressources de la sienne pour développer l'étendue de ses conceptions. Per- sonne mieux que Linnœus ne fît jamais sentir les beautés de détail dont le Créateur enrichit avec profusion tout ce qu'il a fait naître : personne mieux que Buffon ne peignit jamais la majesté de la création et la grandeur imposante des lois auxquelles elle est assujettie. Le premier, effrayé du chaos l'incurie de ses prédécesseurs avoit laissé l'Iiistoire de la natuie, sut, par des méthodes simples et par des défi- nilions courtes et claires , mettre de l'ordre dans cet immense labyrinthe, et rendre facile la connoissance des êtres parti- culiers : le second , rebuté de la sécheresse d'écrivains qui , pour la plupart, s'étoient contentés d'être exacts, sut nous intéresser à ces êtres particuhers par les prestiges de son langage harmonieux et poétique. Quelquefois, fatigué de l'étude pénible de Linnsous, on vient se reposer avec Buffon; mais toujours , lorsqu'on a été délicieusement ému par ses

VI,

tableaux enchanteurs , on veut revenir à Linusèus pour clas- ser avec ordre ces charmantes images dont on craint de ne conserver qu'un souvenir confus ; et ce n'est pas sans doute le moindre mérite de ces deux écrivains que d'inspirer con- tinuellement le désir de revenir de l'un à l'autre, quoique cette alternative semLle prouver et prouve eu effet qu'il leur manque quelque chose à chacun.

Malheureusement, comme il n'est que trop ordinaire , les imitateurs de Buffon et de Linnaîus ont saisi précisément les parties défectueuses de la manière propre à chacun de leurs maîtres ; et ce qui n'étoit en ceux-ci qu'une ombre légère dans un tableau magnifique , est devenu le caractère prin- cipal des productions de leurs disciples respectifs. Les uns n'ont pris de Linua;us que ses phrases sèches et néologiques, et n'ont point fait attention que lui-même ne regardoit son système que comme l'échafaudage d'un édifice bien autre- ment important, et que, dans les histoires particulières que ses nombreux travaux lui ont permis d'écrire , il n'a rien négligé de ce qui tenoit à l'existence de l'être qu'il décri- voit : les autres n'ont admiré dans Buffon que ses vues géné- rales et son style pompeux , sans remarquer qu'il ne plaçoit ces brillans ornemens que sur des faits recueillis par la plus judicieuse critique, et que même cette nomenclature qu'ils font profession de mépriser est toujours établie par lui avec une grande érudition, et sur les discussions les plus soignées et les plus ingénieuses.

Mais , ce qui a fait encore plus de tort à l'Histoire natu- turelle, et ce qui la feroit bientôt retomber dans le chaos d'où ces deux grands hommes l'avoient tirée, si d'autres hommes dignes de marcher sur leurs traces ne s'efforcoient de résister à ce pressant danger, c'est que, en devenant populaire , elle est devenue aussi l'objet de spéculations in- téressées. Pendant que de vrais naturalistes, pénétrés de reconnoissance pour les travaux de leurs prédécesseurs, mais sentant combien ils sont encore insuffisans, méditoient sur les nouvelles bases à établir et recueilloient dans le silence

VllJ

les faits propres à les appuyer, des auteurs moins difficiles, et par conséquent plus féconds, produisoient à l'envi des ouvrages qui portent l'empreinte de la manière dont Os ont été composés. Retirés dans leurs calnnets, seulement avec des livres, renonçant à l'observation, dénués même pour la plupart de moyens d'observer , ils ont cru enrichir le système de la nature, en remplissant ce vaste catalogue de phrases recueilhes de toutes parts, sans comparaison, sans examen des autorités dont elles provenoient , et en les accompagnant d'une foule de citations discordantes et souvent contradic- toires ; ou bien, se partageant pour ainsi dire la dépouille des grands auteurs, assortissant les matières les plus oppo- sées, dépeçant un ouvrage pour le reformer sur un plan étranger , rattachant ces pièces de rapport par des morceaux écrits d'un style disparate , ils ont prodmt un mélange bi- zarre qui ne peut tenir lieu ni de l'auteur original, ni de ceux dont on a intercalé les ouvrages dans le sien.

Cependant les bons exemples ne manquoient pas; la tra- dition des grands maîtres n'étoit pas perdue, et des élèves dignes d'eux s'efTorçoient de marcher sur leurs traces. Un naturaUste du Nord faisoit , de ses spicilegia et de ses glires^ un supplément digne de Buffon. Un Français, ami de ce grand homme et désigné par lui pour son successeur, joignoit à l'éloquence de son maître la précision et la rigueur de Linnœus. Plusieurs botanistes égaloient ce dernier dans l'his- toire particulière des plantes, et un autre Français le surpas- soit dans l'étude de leurs rapports et des lois qui président à la diversité de leur structure. Un troisième recréoit la mi- n éralogie , en l'éclairant de toutes les lumières de la géomé- trie et de la physique. Les chimistes françois s'illustroient par des découvertes multiphées, presque aussi étonnantes que les phénomènes qui en étoient l'objet, et faisoient delà chimie une science liée dans toutes ses parties, jetant sur l'Histoire naturelle un jour qui lui avoit manqué jusque-là^ Mais tous ces hommes célèbres , contens de porter une vive lumière sur des branches séparées de la science, sembloient

iîédaigner de s'occuper d'un ouvrage élémentaire et général; et cependant , sans un tel ouvrage, il est impossible d'espérer que les vérités, les méthodes et les principes nouveaux, se propagent avec la rapidité désirable.

C'est ce qu'ont senti quelques-uns de ceux auxquels l'État a confié l'enseignement de l'Histoire naturelle dans les prin- cipales écoles de la capitale ; mais, s'ils ont vu que c'étoit le besoin de la science, ils n'ont pu se dissimuler que c'étoit surtout à eux qu'étoit imposé le devoir d'y satis- faire. Dépositaires et ordonnateurs de collections que les travaux de vingt années ont rendues les plus belles de l'Eu- rope, et que la munificence du Gouvernement ne cesse d'ac- croître; pourvus d'emplois honorables qui, les forçant de s'occuper continuellement des productions delà nature, leur laissent cependant le loisir de pubUer les observations qu'elles leur fournissent ; centre auquel aboutissent les découvertes des observateurs que l'État entretient dans les climats divers, ou de ceux qu'il envoie dans les mers lointaines ; connois- sant, enfin , par leurs relations avec les disciples qui viennent de toute l'Europe à leurs leçons , ce que les naturalistes et leurs commençans désirent dans un tel ouvrage , ils seroient vraiment coupables s'ils ne faisoient, des moyens qui ont été mis entre leurs mains, un emploi conforme à ce qu'exige l'état actuel de la belle science qu'ils professent , et à ce que leur demandent ceux qui l'étudient.

Ils se sont donc réunis pour composer un ouvrage dans lequel toute l'Histoire naturelle sera présentée d'une manière abrégée, mais complète, et où, sans s'inquiéter de ce qui a été fait par les nomenclateurs ou par les compilateurs, ils remonteront toujours aux sources, c'est-à-dire, à l'observa- tion des objets, ou au témoignage des auteurs originaux qui ont vu par eux-mêmes , et qui possédoient les qualités né- cessaires pour bien observer et pour rapporter fidèlement ce qu'ils avoient observé.

Cet ouvrage sera d'abord une revue générale des faits, dans laquelle aucun auteur secondaire ne sera admis comme

autorité, et BufTon et Linnceus même, lorsqu'ils n'auront pas observé de leurs propres yeux, ne seront cités que pour faire coucorder leur nomenclature avec celle du nouvel ou- vrage, et pour servir de point de ralliement aux naturalistes qui auront principalement étudie leurs livres.

Tous les connoiiseurs sentiront que c'cioit leseulmo3^en de débarrasser l'Histoire naturelle de la con'usion qu'y ont introduite les differens écrivains que nous avons indiqués plus haut. Les auteurs n'ignorent pas combien ce travail est pénible; et, malgré toute son importance, ils ne l'auroient peut-être pas entrepris , s'ils n'avoient la conscience que leurs travaux préccdens les mettent en état de l'exécuter avec succès , et que leur position heureuse les y met seids.

A ce puissant motif se sont jointes des vues encore plus étendues. En rétabhssant Tordre dans la science, ils veulent aussi lui rendre ses limites naturelles , que l'on a beaucoup trop resserrées dans ces derniers temps.

Le mot de nature a pour nous trois acceptions diverses: nous entendons par l'ensemble des qualités d'un être, ou la totalité des êtres qui composent le monde, ou eniin l'être souverain, auteur de la nature elle-même. C'est aussi suus CCS trois rapports que l'ilistoire de la nalure sera traitée dans cet ouvrage. On y fera Fénumération des difierens êtres créés; on y exposera la structure de chacun d'eux, l'action réciproque de ses différentes parties, et le résultat de cette action, c'est-à-dire, les phénomènes extérieurs que chaque être présente, exphqués autant qu'ils pourront l'être ; enfin, on y développera les lois générales qui président à leur coexistence et à leur conservation mutuelle, conservation qui résulte souvent de la destruclion même; et, sous ces trois rapports, nous serons conduits à l'admiration et au respect. Fécondité sans bornes dans la production d'êtres si nom- breux et si variés ; sagesse profonde dans l'arrangement de ces étonnantes machines ; puissance iniinie dans le maintien invariable de l'ordre qu'elles observent : voilà l'imposant et

vaste tableau que l'on cherchera à présenter. Toutes les sciences naturelles aideront à le tracer ; sans en être essen- tiellement les objets , elles en seront d'importans accessoires. La physique nous instruira des principales propriétés qui caractérisent les corps inorganiques , et des rapports de l'at- mosphère avec les corps organisés. La chimie nous fera connoîtreles causes des principaux phénomènes qui se passent dans notre atmosphère, dans la masse des eaux, dans les cavités souterraines ; elle développera les diverses modifica- tions dont les minéraux et les fossiles sont susceptibles, soit par leur contact mutuel, soit par celui des milieux ils sont plongés ; elle nous servira à concevoir et à déterminer les changemens qu'éprouvent les humeurs et les solides des animaux , et nous aidera à exphquer les merveilles de leurs fonctions. L'anatomie nous indiquera les routes que les li- queurs parcourent dans les animaux. La physiologie emploîra toutes ces connoissances pour expliquer le jeu des organes. En un mot , l'Histoire naturelle sera , dans ce livre , l'apph- cation de toutes les sciences physiques générales aux phéno- mènes particuliers de la nature , et non un catalogue sec et décharné, propre au plus à guider dans l'arrangement d'un cabinet , ou un recueil de faits plus ou moins bizarres , ne rcmphssant pas même le but stérile d'égayer l'oisiveté de quelques lecteurs.

De l'Histoire naturelle, conçue et traitée ainsi, se dédui- ront pour ainsi dire d'eux-mêmes les rappolts de l'homme avec les productions de la nature , qui semblent toutes desti- nées à satisfaire ses besoins, à multiphcr ses jouissances ou h servir d'objets à ses méditations. Les vrais principes des arts par lesquels il obtient ces substances, et de ceux par lesquels il les modifie pour son usage, seront des consé- quences simples et nécessaires de la connoissance que nous aurons acquise de leurs propriétés naturelles ; et ce livre deviendra peu à peu, comme son titre l'annonce, l'un des manuels élémentaire: de l'homme d'état.

XI)

Mais en se restreignant à leur objet principal, c'est-à-diré ^ à l'Histoire naturelle proprement dite, les auteurs trouvent encore un motif pressant de se livrer à la rédaction de cet ouvrage, dans l'imperfection des méthodes reçues jusqu'à ce jour.

On n'a pas voulu voir que les méthodes ont, en histoire naturelle, le même but que dans les autres sciences, celui de mettre de l'ordre dans les propositions, et d'en réduire l'expression à ses moindres termes, en les portant à la plus haute généralité dont elles soient susceptibles ; on a cru qu'elles ne dévoient servir qu'à conduire à la connoissance des noms : on les a donc regardées comme indifférentes , pourvu qu'elles fussent rigoureuses ; en conséquence , on a disposé les êtres naturels sans aucun égard à la masse de leurs ressemblances et de leurs différences, de manière que la connoissance d'un ou de plusieurs ne procure pas d'idées certaines de ceux qui sont placés à leurs côtés dans ces ca- talogues qu'on a nommés systèmes.

Quelques naturalistes ont cherché , il est vrai , à résister au torrent. Peu touchés de la l'acilité avec laquelle on mul- tiplie à son gré ces arrangemens artificiels et arbitraires , ils se sont livrés à un travail moins futile ; ils ont cherché à prendre la Nature même pour guide , et à ranger les êtres suivant l'ordre qu'elle paroît leur assigner par leurs struc- tures et leurs perfections relatives : mais, n'ayant point pu- blié les résultats de leurs recherches dans des ouvrages généraux," elles se sont encore trouvées éclipsées par les systèmes, aussi vains que faciles, qui régnent dans la plupart des livres aujourd'hui les plus employés.

C'est à quoi les auteurs de l'oavrage que nous annonçons se proposent de remédier. Se servir partout des méthodes les plus naturelles qui aient été découvertes, les perfection- ner toutes les fois qu'il sera possible, et s'approcher ainsi par degrés de ce grand but auquel doivent tendre les natu- ralistes philosophes , la connoissance des vrais rapports des

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qui les conduiront invariablement dans cette partie essentielle de leur travail.

Pénétrés de la nécessité de remplir ces vues, se connois- sant d'ailleurs depuis long-temps , étant même pour la plu- part liés par une amitié tendre, sachant enfin qu'ils sont tous dirigés dans leurs travaux par des principes sem])lables, et que, par conséquent, leur ouvrage ne manquera pas de l'ensemble si nécessaire et cependant si rare dans une telle entreprise , ils ont délibéré sur la forme la plus convenable pour donner à cet ouvrage toute l'utilité dont il est suscep- tible; et ils ont fini par s'arrêter à l'ordre alphabétique, mal- gré toutes les objections qu'on a coutume de lui opposer.

La principale de ces objections, qui est de ne pas présen- ter les propositions dans l'ordre elles naissent les unes des autres, n'est pas considérable dans une science telle que celle-ci , qui s'occupe si souvent d'objets isolés ; et ce qu'elle peut avoir de vrai sera prévenu par la manière dont on rangera les articles. Chaque espèce sera traitée sous le nom du genre auquel elle appartient , et tous les synonymes seront renvoyés à cet article ; le tableau des genres sera placé sous le nom de l'ordre dont ils font partie ; celui des ordres sous l'article de leur classe , et celui des classes sous l'article de leurs règnes : de manière qu'au moyen des ca- ractères donnés dans ces tableaux gradués, celui qui voudra apprendre le nom d'une espèce qu'il ne conuoît pas , pourra employer cet ouvrage tout comme celui qui voudra savoir ce que signifie un nom qu'il aura lu ou entendu prononcer, et que ce sera réellement à la fois un dictionnaire et un traité méthodique.

Les renvois fréquens qu'on aura soin d'étabhr entre les articles généraux mettront, dans la partie philosophique, un ordre tout aussi régulier que dans la partie systématique.

Alors l'ouvrage aura, déplus, les avantages que procure l'ordre alphabétique, savoir, la facilité pour les gens du monde de trouver sur-le-champ ce qu'ils désirent sans fttre obligés d'étudier un livre entier, et le plaisir, pour

un savant, de se rappeler sans peine une partie de ce qu'il a appris, et de meubler sa tête de nouvelles idées, en pro- menant successivement ses regards sur des articles dé- tachés.

Les auteurs y trouveront même encore un avantage au- quel on ne s'attendoit pas, et qu'il est nécessaire de dé- velopper ici avec quelques détails.

La nomenclature est, après l'observation des faits et leur distribution méthodique, la partie fondamentale de l'Histoire naturelle : ce n'est que par une concordance exacte des noms que l'on peut éviter de multiplier les êtres, ou de créer des monstres, en réunissant sur une espèce les propriétés qui appartiennent à plusieurs. EUe est même absolument nécessaire aux gens du monde; car, ne voidant guère feuilleter un dictionnaire que pour y trouver la signi- fication de quelque nom qui leur est inconnu, si cette con- cordance des noms n'est pas bien soignée, ils seront sans cesse induits en erreur. Celte nomenclature est encore la partie qui exige le plus d'études approfondies, celle qui distingue le véritable naturaliste du compilateur, et qui fait le cachet toujours recounoissable des productions du premier; mais , par malheur , c'est en même temps la plus ingrate , la plus rebutante, celle il est le moins possible de porter de l'intérêt : aussi les écrivains superficiels s'en dis- pensent-ils sous ce dernier prétexte, ne voulant pas, disent- ils, repousser les lecteurs; et, pour un motif si peu digne d'hommes qui ne devroient chercher que la vérité, ils aug- mentent sans cesse le désordre la science est plongée.

Les auteurs de l'ouvrage actuel trouvent dans l'ordre alphabétique un moyen simple d'allier ce qu'ils doivent à la science qu'ils professent, avec ce que peuvent désirer les personnes qui ne veulent pas en approlondir toutes les parties : ils discuteront sous chaque nom sa vraie significa- tion, et ne mettront, sous le nom unique qu'ils adopte- ront pour chaque espèce, que la description et l'histoire de C€tte espèce; de manière que les simples amateurs pour-

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ront se borner aux articles historiques, et passer rapide- ment sur les autres.

Chaque article historique contiendra le nom français et le nom liiméen de l'espèce qui en sera l'objet , l'indication de la meilleure figure qui en ait été pubhée, une descrip- tion courte, caractéristique et pittoresque, et le précis de tout ce que l'on saura de son histoire, de ses propriétés et de sa structure, en distinguant soigneusement ce qui est certain d'avec ce qui pourra paroître douteux.

Nous devons encore avertir que ce livre sera réellement rédigé par les personnes dont il portera le nom, et que chaque arucle sera signe de son véritable auteur. Il est d'ailleurs facile devoir, par la hste ci-dessus, qu'aucun de ceux qui y sont placés n'avoit besoin du nom des autres pour faire valoir sou ouvrage.

Comme il étoit à craindre que , dans un travail commun à plusieurs personnes, elles ne se reposassent mutuellement les unes sur les autres de certains articles qui pourroient les regarder également, ou bien que deux ou plusieurs ne rédigeassent des articles relatifs au même mot, quatre des auteurs ont été spécialement chargés, chacun dans sa partie, sous le titre de rédacteurs particuhers, d'avertir les autres de ces lacunes ou de ces doubles emplois , et même de les engager à se conciher lorsqu'ils émettront des opmions con- tradictoires, sans les motiver de part et d'autre, et par conséquent sans mettre le lecteur à même de juger le diffé- rent. Un autre rédacteur général est chargé des mêmes fonctions à l'égard des quatre premiers ; il doit encore sur- veiller l'impression et tout ce qui tient aux dispositions typographiques.

Ces précautions doivent garantir au public qu'il ne ren- contrera dans cet ouvrage aucun des inconvcniens qui ac- compagnent ordinairement les entreprises du genre de celle-ci.

Pour augmenter encore rulihté de l'ouvrage, en rendant sensible à l'œil ce que les paroles ne peuvent jamais faire comprendre qu'imparfaitement , il sera accompagné d'un

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Atlas 1 5 seront représentés les principaux genres des ani- maux et les principales familles des végétaux, ainsi que les formes régulières des minéraux, et les instrumens, les ma- chines, les appareils des arts qui tiennent le plus immédia- tement aux différentes branclies de l'histoire naturelle. Les figures seront autant que possible originales, c'est-à-dire, faites d'après les objets eux-mêmes, et Ton ne copiera d'au- tres figures que lorsqu'il sera impossible de se procurer les objets mêmes. Le cabinet du Muséum est si riche que ce sera un cas très-rare. (G. C.)

1. Cet Atlas sera dirigé par M. Turpin, connu par la belle édition des figures de plantes du Yoyage de MM. de Humboldt et Bonplaiid, par une partie de celle du grand ouvrage sur l'Egypte, et enfin par sa Flore parisienne. M. Turpin s'est adjoint pour ce travail M. Prêtre, dessinateur de zoologie.

INTRODUCTION,

1^ uoiQTi'oN parle beancoup dans le monde de Thisioire naturelle et des sciences physiques, il y a peu d'hommes qui aient une idée assez nette de ces sciences pour eu Lien connoître la marche, et surtout pour en apprécier convenablement Tuiilité. La plupart des gens du monde, même parmi ceux qui ont puisé des connoissances litté- raires et des ide'es libérales, dans une éducation soignée, confondent l'histoire naturelle avec la médecine ou la pharmacie, et ne voient jamais dans celui qui l'étudié qu'un homme occupé de la recherche des remèdes. Ce reproche que Jean-Jacques Rousseau faisoit aux gens du monde sur l'examen des plantes, et qui diminuoit à ses yeux le charme de la botanique, peut être également appliqué à toutes les branches de la science de la nature.

Une pareille erreur, très-semblable à celle qui fait confondre la chimie avec la pharmacie, l'anatomie avec la chirurgie, la minéralogie avec l'art du mineur ou du forgeron, l'astronomie avec l'astrologie, est un des pré- jugés populaires fondés, comme tous les autres, sur l'état ancien des sciences.

Etudiées autrefois et pendant long-temps par les mé- decins seuls, constamment et presque uniquement appli- quées à l'art de guérir , elles n'ont pris un essor nouveau , leurs vues ne se sont agrandies, elles n'ont embrassé une sphère plus étendue que celle elles avoient d'abord été resserrées, qu'à des époques fort éloignées de leur origine. Si quelques hommes de génie, même dans ce que nous appelons l'antiquité, ont traité la science de la nature in- dépendamment de la médecine, la foule des écrivains qui s'en sont occupés depuis le renouvellement des sciences , J'a sans cesse, et pendant une série non interrompue de plusieurs siècles, rapprochée de l'art de guérir, et n'a présenté les productions de la nature que comme des secours ofTerls à Thomme pour le soulagement de ses maladies. En remontant même jusqu'au milieu du dernier siècle , on ne trouvera guère des botanistes et des zoolo-

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xviij lISTRODUCTIOiN.

gisies que parmi les médecins. La minéralogie, qui semble avoir moins cîc rapport que l'ijisioire des piaules et (les aiîiiarux avec la iDtiiière médicale et la pharmacie, compte égalemeiU un grand nombre de médecins parmi les professeurs qui l'ont enseignée, ou les auleurs <|ui eu ont développé les principes. Le peuple et uième les gens du monde, voyant consiammcnl les sciences naturelles cultivées par des médecins, oui croire que ces sciences «iioient leiiement liées avec celles de guérir, qu'elles dévoient eu cire regardées comme des dépendances néces- Siiires. Aussi ne les appreuoii-ou autrefois que pour l'étude de la méiîecine et dans les écoles consacrées à celte étude.

Cependant il s'est fait depuis trente ans une révolulioa sensible à cet égrud. La botanique a eu des amaienrs étrangers à l'art de guérir. Sou aimable élude , les douces jouissances qui l'accompagnent, les promenades qu'elle demande j l'iiabitaticn des champs (ju'elle embellit, eu ont fait une occupation familière à beaucoup d'iioraïues qui ne songent tii à étudier ni à pratiquer la médecine. L'étude des anim.iux_, et surtout celle des oiseaux et des insectes, l'examen même de leuis organes et de leurs fonc- tions, attirent également ratteniion , et sont devenus les plaisirs de beaucoup d'hommes qui ne s'occupent point de l'art de guérir.

Ainsi le nombre des jeunes gens qui se livrent à l'élude de rhisioire naturelle s'étant beaucoup multiplié dej)uis l'époque que j'ai indiquée, les livres qui en montrent les principes ont se multiplier dans ie même rapport. L'ouvrage que nous publions est de cet ordre ; il doit con- venir, et à celui (jui veut étudier à fond la science, et à celui qui v.e désire que iVen connoître les éiémens ou même de profiter seulement de quelques-uns de ses ré- sultats, à l'étudiant, aux gens du monde, au philosophe, au médecin, au couHriprcant,à l'artiste , au simple curieux. Mais pour faire connoître la nature de cet ouvrage, il ne suffira pas d'annoncer qu'il est destiné à répandre le goût de rhisioire naiureilc , à faciliter sou étude et à augmenter 5es avantages : une assertion aussi simple que celle-là uo diroit prcscjne vieu de ce que uous devons dire, et ne

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clonncroit qu'une notion vague et fort imparfaite des vues que nous avons voulu remplir en offrant au public ce nouveau Dictionnaire. Il iaut e:sposer ici ce que nous eu- tendons par sciences naturelles, et leur rapport entr'elies ; quelles métliodes on suit dans leur élude; comment Tes- prit humain est parvenu à découvrir ces métliodes ; quelle utiliié on retire de cette science. JNous devons ensuite e'noncer la marche que nous avons adoptée, indiquev par conséquent en quoi cet ouvrage diffère de ceux qui l'ont précédé, et ce ({ue nous avons essayé de faire pour le rendre supérieur à ceux-ci. Enfin nous aurons à exposer l'usage auquel nous le destinons, la manière de s'en servir, soit pour trouver les faits qu'on désire savoir, soit pour eu appliquer les résultats aux diverses applications qu'on peut en faire , soit pour le convertir, malgré sa forme, eu un livre didactique élémentaire, et propre à une étude plus ou moins sérieuse dos différentes branches de la vaste science dont il traite.

De riiistoîre de la nature et des sciences naturelles dans leur ensemble.

Nous nommons sciences naturelles l'ensemble de toutes les connoissances acquises et comparées sur les productions et les phénomènes do la nature. Le Dictionnaire que nous publions n'a pas seulement pour objet les corps compris ordinairement dans l'histoire naturelle, mois encore les phénomènes qui se passent dans la nature. Le cours des astres, l'histoire des météores, celle de l'élec- tricité et du magnétisme , les propriétés de l'air et des eaux; les forces qui déterminent les changemcns des corps , et qui , tenant à l'action intime de leurs molécules , appartiennent à la chimie ; la structure anatomique des animaux, font aujourd'hui une des branches nécessaires de l'histoire de la nature, <|uoiqu'elles ne soient pas comprises ordinairement dans l'histoire naturelle. Nous avons donc du intituler notre ouvrage Dictionnaire des sciences naturelles ^ puisque nous nous sommes proposé

b.

XX INTRODUCTION.

de comprendre tous ces sujets dans notre travail. Ce plan est beaucoup plus vaste que celui qui a été suivi jusqu'à présent dans 1 histoire naturelle proprement dite : il em- brasse l'asirouomie physique, la météorologie, la phy- sique générale, l'anatumie, hi chimie, en même temps que la description et la classification des corps naturels : il est devenu indispensable aujourd'hui pour comprendre dans leur ensemble les phénomènes de la nature, pour apprécier l'action qu'exercent réciproquement ses pro- ductions les unes sur les autres, et les rapports qui les unissent, les rapprochent ou les séparent. Telle est, dans l'état actuel des progrès de l'esprit humain _, la connexion qui lie les diiîérentes brandies des connoissances na- turelles, qu'il n'est plus permis à celui qui veut les acquérir d'ignorer leurs affinités ou de négliger leur harmonie. Sans ce rapprochement on n'apprend rien de positif, on ne sait rien d'exact, on ne conçoit rien clairement. Un minéralogiste qui ignoreroit la physique et la chimie n'auroit que des idées vagues et superfi- cielles des fossiles : un botaniste qui seroit dans le même cas ne connoîtroit que la forme extérieure des plantes, et ne concevroit rien à la physique des végétaux. Un zoologiste qui ne posséderoit pas des notions d'anatomie n'auroit aucune intelligence des fonctions des animaux, du jeu de leurs organes ; il seroit privé de la plus belle partie de leur histoire. Comment pourroit-on apprécier l'effet si important de la lumière , de la chaleur , des saisons variées, des températures diverses, des climats, de 1 air et des eaux sur la vie végétale et animale, sans une instruction préiirain.-iire sur la position relative de la terre et des autres planètes par rapport au soleil qui en dirige la course, sur les propriétés du calorique, de l'air et de l'eau :^ Comment combattroit-ou avec succès les préjugés qui pèsent sur les hommes, et qui les empêchent de tirer de leurs forces, comme de la puissance de la nature, tout le parti possible, si l'on ne pouvoit les attaquer et les combattre victorieusement avec les armes que ces connoissances fournissent si sûrement à ceux qui les possèdent? Quel genre d'applications utiles pourroit-

INTRODUCTION. xxj

on tirer des végétaux, des minéraux et des animaux, si ronneconsidéroitque leurs qualités apparentes, et si l'on négligeoit les propriétés intimes, les actions physiques ec^ cliimiques, qui les modifient et les changent incessamment? Cependant ce n'est point ainsi qu'on a présenté l'his- toire naturelle dans tous les ouvrages oîi l'on a traité cette science. Ou s'est toujours borné jusqu'à présent à décrir'e les corps naturels dans leurs propriétés extérieures, à n'observer que leur structure apparente ; à faire connoUre leurs formes, leur volume, leur densité^ leur couleur; à comparer entre elles ces diverses propriétés, et à tirer de cette comparaison ce qu'on a nommé les caractères dis- tinctifs des corps. Nous avons vu même des naturalistes cé- lèbres faire tous leurs efforts pour isoler ainsi leur science de toutes les autres branches des sciences physiques, pour en écarter les documens fournis par la physique générale et la chimie , pour la constituer en quelque sorte indépendante. C'est ainsi que l'illustre Daiibeuton em- ployoit une de ses leçons préliminaires sur les généralités de l'histoire naturelle, à la circonscrire dans des limites étroites, à la distinguer de la physique et de la chimie^ comme de la médecine , de l'agricultuie et des arts. U croyoit que l'étude des corps exigeoit trop d'application et de temps pour qu'il fut permis à celui qui s'y livroit de poursuivre d'autres études ; qu'il étoit impossible d'y allier les autres sciences sans faire perdre pour l'histoire naturelle ce qu'on auroit donné d'ailention à celles-ci. Le même homme cependant , dont la longue vie s'est passée dans des méditations et des contemplations continuelles sur les propriétés des êtres, en avoit consacre une grande parue à disséquer des animaux , à détruire leurs caractères exté- rieurs , pour interroger, le scalpel à la main, la structure cachée de leurs organes; il avoit ainsi montré aux savans, par une longue série de découvertes importantes en ana- lomie comparée, ce que cette connoissance intérieure pouvoit procurer d'avantages l'avancement de la zoologie, et combien elle devoit contribuer à ses progrès. Ses immenses travaux dans ce genre ont tellement lié l'aua- tomie à la zoologie, qu'il n'est plus possible de séparer

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l'une de l'autre, de les étudier isolément, d'être zoologiste sans être anatomiste. Assurément on ne peut disconvenir que la chimie est à la minéralogie ce que l'anatomie est à la zoologie, et qu'on ne connoît pas mieux les minéraux sans interroger leur nature intime par l'analyse, qu'on lie connoîtroit les animaux sans pénétrer dans leur struc- ture intérieure par la dissection. Il existe les mêmes rapports entre la figure ou les propriétés sensibles des minéraux et leur composition intime, qu'entre les formes des parties extérieures et celles des organes in- térieurs des animaux. Les principes constituans des pre- miers, comme les systèmes organiques des seconds^ pro- duisent pour l'extérieur des uns et des autres une néces- sité de formes et de caractères apparens, qui en dérivent d'après des lois constantes que la nature s'est prescrites. Comment un naturaliste aussi savant et aussi profond que l'étoit Daubenton , qui avoit établi l'une de ces analogies si bien démontrées pour les animaux, a-t-il constamment et si fortement repoussé l'autre pour les minéraux? On l'a souvent entendu , dans des entretiens sur cet objet, s'élever avec force, et mèine avec une espèce d'humeur, contre l'association de la chimie et de la minéralogie; soutenir que l'une devroit être tout- à -fait séparée de l'autre; qu'elles avoient un but, une marclie et une manière défaire tous différens; qu'il y auroit un véritable danger à les confondre. Il ne pouvoit surtout entendre sans une sorte de dépLiisirles chimistes modernes annoncer que la chimie étoit aussi indispensable à la minéralogie que l'anatomie à la zoologie; cjue l'histoire des minéraux n'olfriroit rien d'utile on d'exact sans leur analyse; que tôt ou tard la chimie envahiroit la minéralogie, et que celle-ci ne seroit alors qu'une branche de la première.

D'un autre côié, Daubenton, en s'occupant pendant les vingt dernières années de sa vie de l'anatomie végétale et de la structure intérieure des plantes, avoit fait encore pour la phytologie ce qu'il avoit terminé avec tant de gloire et de succès pour la zoologie. Il prouvoit que la physique des végétaux, complément si beau et si mile de la botanique, ne pouvoit se passer de la dissection

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soignée de leurs organes intérieurs. Ainsi il faisoit lui- même la critique la plus forte de son opinion sur la mi- néralogie liée à la cliimic; et cependant il s'étoit forme' un préjugé si fort contre cette liaison, que rien ne pou- voit le combattre dans son esprit.

Au reste, ces idées sur l'isolement des sciences phy- siques d'avec l'histoire naturelle ,et sur la circonscription de la dernière, ne subsistent plus aujourd'hui en France. Les naturalistes français ont tous, et d'un commun accord ;, repoussé le préjugé qui s'opposoit à cette réunion si utile , à cette association si avantageuse. Il n'est pas un miné- ralogiste qui n'ait des connoissances de chimie, et qui ne les applique à la minéralogie; pas un botaniste qui n'em- ploie les ressources de la physique pour la physiologie végétale, pas un zoologiste qui ne sache assez exactement l'anatomie pour s'en servir dans la description et la clas- sification des animaux. Pour toutes ces classes de savans, la physique se confond sans cesse avec l'histoire natu- relle. On ne peut donc plus se permettre de parler des productions de la nature sans exposer ses lois, sans faire admirer ses phénomènes, sans décrire les réactions qu'elles exercent les unes sur les autres , ei les change- mens successifs dont elles sout susceptibles par leur in- fluence réciproque.

On conçoit bien que cette marche sera suivie dans ce Dictionnaire : c'est à cette marche qu'a rapport un des articles du Prospectus que je crois devoir rapporter ici pour en conserver l'esprit. « En rétablissant , y est-il dit, « l'ordre dans la science, les auteurs veulerjt aussi lui « rendre ses limites naturelles, que l'on a beaucoup trop « resserrées dans les derniers temps.

« Le mot nature a pour nous trois acceptions diverses : K nous entendons par l'ensemble des qualités d'un être , « ou la totalité des êtres qui composent le monde, ou. « enfin l'Etre souverain, auteur de la nature elle-même ; « c'est aussi sous ces trois rapports que l'histoire de la « nature sera traitée dans cet ouvrage. On y fera Ténumé- « ration des dilïerens êtres créés; oa y exposera la strnc- « turc de chacun d'eux, l'action réciproque de ses diffé"

xxiv INTRODUCTION;

« rentes parties et le résultat de cette action , c'est-à-dir^,

« les phénomènes extérieurs que chaque être présente,

ce expliqués autant qu'ils pourront l'être; enfin on y dé-

cc veloppera les lois générales qui président à leur coexis-

« tence et à leur consvrvalioji mutuelle, conservation

« qui résulte souvent de la destruction même: et, sous

« ces trois rapports, nous serons conduits à l'admiration

K et au respect. Fécondité sans bornes dans la production

« d'êtres si nombreux et si variés, sagesse protonde dans

« ^arrangement de ces